vendredi 1 juin 2007

Susanna Clarke - JONATHAN STRANGE & MR NORRELL

Le Fantastique et la Littérature : le roman à l’état anglais…

Cela m’aura pris quinze jours pour venir à bout des 860 pages à l’écriture serrée de ce pavé à succès. Soit le même temps que m’ont prises les deux mille pages des six tomes cumulés des « Chroniques de San Francisco » de Maupin (un indispensable pour l’été au passage). Autant de plaisir ? Je ne sais pas. Quelque chose à tout le moins d’extrêmement différent ? C’est à n’en point douter.

Dans les premières années du XIXe siècle, un anglais désocialisé, un lecteur fou adepte de cette magie qui avait fait toute la gloire de sa patrie jusque quatre siècles plus tôt avant de se perdre en désuétude – et n’être plus qu’étudiée en théorie – va décider de transformer l’Histoire. Il veut rendre ses lettres de noblesse à la magie en la remettant en application en Angleterre. Ce Mr Norrell, qui fera d’abord tout pour s’assurer d’être l’unique magicien praticien du pays avant de rencontrer Jonathan Strange, son parfait opposé en tous points, lui aussi très talentueux dans la même discipline. Il le prendra pour élève avant d’être par lui doublé, et c’est en affrontement que leur histoire tournera.

On est à mille lieux d’Harry Potter et il semble indispensable pourtant de le préciser. Rien d’attendu, rien de couru d’avance. Ici les magiciens puisent leur art de l’étude de vieux manuscrits poussiéreux. Ils sont rompus à la solitude et n’aspirent qu’à une chose : aider le gouvernement dans sa mission de protection de la nation. L’ennemi n’est pas un fantôme gluant mais Napoléon Bonaparte, le conquérant français qui menace le royaume insulaire. Point de baguettes et de balais pour jouer au football dans les airs mais des sortilèges en latin pour renseigner les généraux de l’armée royale.

Le propos est fantastique, son traitement on ne peut plus réaliste, naturaliste même (en près de neuf cent pages, il y a quelques écueils auxquels on n’échappera pas mais ils donnent à l’œuvre son petit cachet artisanal et « premier roman »). Au bout d’un moment, on se dit : rien de plus probable. On en viendrait même parfois à tancer les personnages de rester dans leurs sorts et malédictions tellement terre à terre, conventionnels, plausibles. Point ici de royaume enchanté. Point de rêverie édénique. C’est à travers une nouvelle façon de penser le monde, la politique, les relations humaines et le rapport de l’homme au monde que Susanna Clarke nous convie dans ses pages.

Et c’est bien pour cela que Jonathan Strange & Mr Norrell n’est pas à classer en fantastique ou science fiction mais tiendra pendant quelques temps une place de choix dans les meilleurs rangs de la littérature contemporaine. Une grande découverte. Un voyage fabuleux, qui commence dès le « packaging » choisi par l’éditeur, à effectuer sans tarder.

2 commentaires:

Jean a dit…

Pas de royaume enchanté... Tout de même, l'étrange chatea de l'être mystérieux aux cheveux d'argent, le royaume férerique du roi Corbeau les routes secrète pour atteindre le divers mondes...
Non en fait, il y a des royaumes enchantés et l'auteur précise à travers ses personnages que l'Angleterre en fait partie.
Mais là où cela change, c'est qu'on n'est plus dans une illustration "carton-pâte" de ces royaume. Il y a en outre comme un sentiment d'héritage oublié des anciennes terres et époques magiques. C'est réellement très plaisant. Comme une vieille promesse qui se rappelrait à nous...
Bon, ouf ! t'as pas parlé de la fin ! C'est que j'ai pas encore terminé, moi ! hé-hé ! ^^

tatoume21 a dit…

voila, je viens de terminer le livre.
J'ai etait decu quand meme, je m'attendais a une fin beaucoup plus explosive, le devenir de strande et norrell est flou, j'aurais preferer qu'il meurent, au lieu de rester ainsi.
Meme si le livre contient beaucoup de details et d'explication, je reste sur ma faim, le denouement est simple par rapport a tout le reste