vendredi 25 janvier 2008

Ken Follet - LES PILIERS DE LA TERRE

Les épiques pierres des cathédrales anglaises : un thriller médiéval envoûtant.

Ken Follet est connu comme maître du thriller américain des plus traditionnels, bien qu’haletants. Ces pages prenantes dans lesquelles agents du FBI et espions soviétiques se traquent sur fond de trafics de drogues et de complots politiques.

Avec Les Piliers de la Terre, ce maître-plume vient exceller dans un genre unique avec un brio dont peu sauraient se targuer. Il nous livre en effet un thriller historique, un roman fleuve au suspense électrique dans l’Angleterre du treizième siècle.

Tom le Bâtisseur est maçon. Il perd le chantier sur lequel il travaille et doit prendre la route avec sa femme enceinte, Agnès, et leurs deux enfants. Ils parcourent le pays à la recherche d’un chantier sur lequel Tom pourrait réaliser son rêve : bâtir sa propre cathédrale. Mais bientôt c’est la famine qui les cueille dans la nuit de l’hiver. Même les petits chantiers se font tellement rares que Tom s’en remet à la forêt pour nourrir sa famille. C’est ainsi qu’ils feront la rencontre d’Ellen et son fils Jack qui vivent seuls dans la forêt. De son côté, Philip est moine depuis qu’il a été recueilli et élevé par une confrérie. Il est aujourd’hui prieur d’un petit monastère, Saint John de la Forêt. Lui-même, pieux et pragmatique, à l’esprit vif et brillant doit accomplir son destin en évitant tous les dangers : la cruauté sans pareille d’une noble famille bientôt à la tête du Comté de Shiring, l’ambition sans limites de Waleran Bigod l’archidiacre bientôt Evêque qui n’aura de cesse de tendre des pièges au prieur.

De nombreux destins se croisent dans les mille pages de ce pavé qu’il est impossible de reposer sur la table de chevet. Un événement décisif toutes les dix pages, de situations inextricables en rencontres et déchirements, c’est une œuvre pure et magistrale, un brin crue, parfois violente mais d’un réalisme absolu dans lequel est dépeint l’homme, la société médiévale, l’ambition. C’est aussi le conte de la difficulté de poursuivre toujours ses idéaux sans jamais tourner le dos à ses principes. Et chaque pierre construira bien plus que la plus magnifique des cathédrales d’Angleterre.

Les Piliers de la Terre fait partie de ces livres qui vous marquent durablement. Magistral, il en est peu qui développent de telles qualités littéraires et philosophiques.

De retour...

Après des mois sans publication, une connexion difficile, quelques difficultés de plateforme blog (quelques billets perdus d'ailleurs) et un manque de temps généralisé... Bref, je reprends aujourd'hui ce blog pour de nouveaux billets, de nouvelles lectures et tellement d'avis à partager.

Un immense merci à tous ceux qui ont continué à parcourir régulièrement ces pages électroniques. A très bientôt ici même !

samedi 8 septembre 2007

Pierre Desproges - DES FEMMES QUI TOMBENT

Un diamant de cruauté sociale. Un rire pur.

De retour de vacances en Espagne (je sais qu'on s'en fout mais moi ça me fait plaisir) j'avais envie, en tout premier lieu, de vous livrer ce pur moment de bonheur.

L’humoriste Desproges est connu de tous pour ses célèbres réquisitoires radiophoniques du Tribunal des Flagrants Délires aux côtés de Luis Rego. Avant d’être emporté beaucoup trop tôt par un cancer foudroyant, le plus cyniques des esprits brillants, le plus fin limier de la satire burlesque nous a livré un roman policier. Oui, policier. Au titre évocateur de surcroît.

Des femmes sont décimées dans un petit village. L’enquête bat son plein.

Le pitch est ainsi fait. Il est délicat de résumer Desproges. Autant que de le commenter d’ailleurs. Il ne reste qu’à s’incliner. Que l’on aime ou pas son humour – noir, cynique, caustique, borderline, sardonique – personne ne peut nier la force de ses mots, la puissance de ses images.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, exceptionnellement et à l’instar de Gaël, je vais vous livrer les premières pages, l’incipit pour les puristes, de cette perle :

« Adeline Serpillon appartenait à cette écrasante majorité des mortels qu’on n’assassine pratiquement pas.
Elle n’avait pas d’argent, pas d’amour, pas de haine, pas d’attraits. Ses convictions politiques l’amenaient à conspuer doucement les augmentations du prix du gaz, rarement au-delà. Elle était moyenne avec intensité, plus commune qu’une fosse, et d’une banalité de nougat en plein Montélimar. Hormis le chat gris mou qui dormait sur son lit, personne ne se retournait sur elle, et encore moins dessous. Depuis quarante ans, elle rapetissait à petits pas derrière le comptoir de bois ciré de sa mercerie qui sentait le miel et la sciure fraîche, sans qu’on la prît jamais en flagrant délit de bonne ou de mauvaise humeur. (…)
Ainsi paraissait-il improbable à chacun qu’Adeline Serpillon mourût un jour assassinée.
Cependant, le 9 mai dernier, le chauffeur du car de Nontron, qui lui livrait couramment ses fils et boutons, la trouva par terre sous son présentoir à couture. Malgré le grand couteau à viande qui l’avait saignée à blanc en la perforant du plexus au nombril, et qui restait planté là, dans son ventre triste, elle conservait dans la mort cet air con des mercières mesurant l’élastique à culottes. »

Un très grand moment de jubilation.

jeudi 23 août 2007

Tom Wolfe - MOI, CHARLOTTE SIMMONS

Quand, laborieusement, une histoire réussie doit s’extraire de la gangue de médiocrité d’un indécrottable scribouillard…

Tom Wolfe est avant tout – et, espérons-le, définitivement – un journaliste. Celui qui passe même, à travers son succès outre atlantique, pour l’inventeur du « nouveau journalisme » (la même chose que l’ancien mais certainement en plus « chébran » ou quelque chose de cet acabit).
D’accord, la caricature est facile. Mais je m’en sens le droit. Pourquoi ? Parce que je suis allé au bout de ces fichues mille pages de pauvreté littéraire !

D’abord le pitch. Charlotte Simmons est une petite bouseuse coincée, fierté intellectuelle de son lycée de montagne, qui décroche son billet d’entrée pour Dupont, la plus prestigieuse université du pays. Alors qu’elle s’attend à pénétrer le saint des saints de la culture et du savoir, ce sont d’autres seins et pénétrations qui seront au programme de l’antre de la débauche et de la vulgarité entre les murs gothiques des bâtisses huppées.
Tom Wolfe se veut le portraitiste de la vie estudiantine américaine d’aujourd’hui. Et il y réussi certainement bien, le voyage en reste d’ailleurs surprenant. Nombre de meilleurs connaisseurs ont loué son réalisme, son naturalisme même devrions-nous dire.

Il est impératif de souligner la qualité du fond de l’histoire. On découvre un monde d’apparences qui s’écroule, l’omerta des campus qui tombe et les pires vérités qui se trouvent étalées devant nous, sur la place publique. Les personnages sont bien dessinés également. Ils sont incroyablement attachants, malgré la mièvrerie interminable de cette pauvre héroïne, tantôt pucelle joviale, tantôt dévergondée déprimée.

Mais diantre, que tout cela est mal écrit ! Certes, concédons à l’auteur qu’il emploie le « vrai » langage jeune des Etats-Unis, un exergue nous le fait savoir avant même d’entamer la lecture. Mais les dizaines de « fuck » et ses déclinaisons par pages ne sont pas les pires. On s’habitue. Non, l’apocalypse réside dans une utilisation absolument barbare, voire grotesque, de la ponctuation ! Pour tenter de nous faire « entendre » les accents, la ponctuation est régulièrement inversée, ce qui fatigue énormément. Pire, l’auteur n’a jamais appris à se servir des points de suspension. Il nous en bombarde, ne les utilisant que pour interrompre en cours de route des phrases pour simplement passer plus facilement au paragraphe suivant ! Point de rythme, que de l’utile !

Je n’ose qu’à peine évoquer la pauvreté de ses images. Dès qu’il en trouve une qui fonctionne, tout content, il la sert et la ressert durant trois ou quatre phrases, mâchée et remâchée, substantivant à qui mieux-mieux.
Quel dommage pour les personnages ! Lire ce livre jusqu’au bout aura finalement été à mon sens une façon de porter secours aux personnages, ou du moins de partager leur calvaire. Je me sentais l’âme d’un pèlerin les aidant à porter la médiocrité de leur géniteur, cette croix qui masquait leur qualité profonde.

Paradoxal. Je ne sais pas s’il faut conseiller ce livre. Je ne le déconseillerai pourtant pas non plus.

mercredi 15 août 2007

Armistead Maupin - UNE VOIX DANS LA NUIT

Et si l’amour n’avait ni âge, ni tête, ni même aucune autre réalité que celle qui nous tient au cœur ?


Il m’aura fallu un an pour parvenir à me plonger dans un livre de Maupin, de nouveau. Non pas que cet auteur m’ait déçu – impensable ! Les Chroniques de San Francisco étaient d’une telle qualité, en tête de gondole de mon « grand œuvre » favori que la déception avait fini par me murmurer une douce crainte. Et si sorti de ses célèbres chroniques californiennes des années 80, post-hippies et joyeusement déjantées à une époque où Internet n’était qu’un rêve et le sida une légende urbaine, cet auteur magistral ne devenait qu’un scribouillard sur le retour, un vieux qui a refusé de vieillir, une audace devenue alors libidineuse.

Et bien non, que l’on se rassure, Maupin est un grand ! Je n’en ai jamais vraiment douté, il est bon parfois de se concocter de petites frayeurs pour raviver une flamme qui nous consumera aussi sûrement que le soleil brille en ce bel été.

Gabriel Noone est une célébrité, auteur à succès d’un feuilleton radiophonique et de nombreux best-sellers. Mais à son âge avancé, la vie n’est pourtant plus ce qu’elle était. Son couple se brise. Dix ans qu’il vit avec Jess, un beau mâle bien plus jeune que lui pris dans une nouvelle fougue, une seconde jeunesse qui l’éloigne de la grande maison avec un mari et un vieux chien malade dans le jardin, vers de nouvelles aventures mâtinées de cuir et de piercings. Gabriel sait qu’il ne pourra pas refaire sa vie. Alors il s’accroche à sa fin de couple comme à sa soudaine désillusion créatrice : la page reste définitivement blanche. C’est un tout jeune garçon de treize ans, Pete, qui lui sortira la tête de l’eau. Dans le manuscrit rédigé par ce jeune garçon blessé par la vie, Gabriel va découvrir des horreurs qu’il n’aurait auparavant pu imaginer. Mais il y trouve aussi toute la puissance d’un gamin désormais très malade et en mal d’amour, sain, protecteur : paternel. Plus leurs conversations deviennent fréquentes, plus les milliers de kilomètres qui les séparent prennent tout leur sens : Pete existe-t-il vraiment ? N’est-il pas une invention de son énigmatique mère adoptive ? Gabriel est-il le seul à croire et comprendre ce garçon, ou le seul à se laisser prendre au bout du compte dans un jeu de pistes pervers ?

Le nombre de questions que soulève ce chef d’œuvre du maître de la littérature gay égale l’intelligence des réponses qu’il donne ou qu’il nous amène à construire. Peut-on lui reprocher de ne pas donner clairement toutes les issues des nombreux ressorts de son intrigue ? De perdre en quelque sorte le lecteur sur les derniers chapitres ? Non, bien sûr. Car au-delà d’une histoire, il s’agit pour tout un chacun de trouver ses propres réponses, de confronter ses démons et ses certitudes aux vicissitudes du monde des humains.

Toutes les amours sont ici questionnées : l’amour filial et le désamour paternel, l’amour de l’autre comme l’amour de soi, la désillusion sexuelle aussi – l’auteur a incroyablement mûri depuis les Chroniques. Dans un San Francisco qui a perdu son faste et rangé quelques une de ses nombreuses boules à facettes, c’est sous la lumière d’un nouveau projecteur que Maupin nous entraîne dans la vie, dans la tête, d’hommes. Simplement.

jeudi 9 août 2007

Donna Tartt - LE MAITRE DES ILLUSIONS

De l’encre distillée au scalpel : anatomie de l’esprit, nécessité de l’impensable.

Ma passion pour la littérature américaine contemporaine est particulièrement vivace en ces temps estivaux. Le soleil, le sable fin, les vagues qui écument les illusions, la corrosion des masques… L’été se prête aux lectures qu’automne ou hiver n’auraient pas permis de tenter, prudents qu’ils sont ; des pluies diluviennes d’octobre aux gelées de mars, seuls les érudits ont leur place sur mon chevet d’étudiant.
Le mois d’août emportant avec lui toute mauvaise conscience – pourquoi un nouveau roman alors que ces colossaux traités de théorie du droit attendent depuis des siècles sous un amas de poussière ? – me voici lancé dans ce roman, déniché par le plus grand des hasards. Un titre accrocheur, une quatrième de couv’ pour une fois présentable.

En aparté : quand la maison Folio se décidera-t-elle à comprendre que quelques lignes prises au hasard, aussi brillantes fussent-elles, placées derrière un livre inconnu n’attireront jamais de nouveaux lecteurs vers des pages qui leurs sont étrangères ?

Trêve de digressions : Donna Tartt est une plume brillante. Voilà qui est dit, tout de go. Et cela pourrait me suffire à sauter sur le bouquin. Pas vous ? Bien, j’insiste alors.
Le maître des illusions nous présente une bande d’étudiants un peu particulière du campus d’Hampden, dans le Vermont. Ils ont cela de particulier qu’ils sont sept disciples d’un unique professeur chargé de les conduire vers un diplôme de grec ancien. Sept étudiants, un professeur, un bureau. L’histoire est narrée par Richard, un brave Californien innocent, tout de blanc immaculé, à qui il faudra un temps infini pour comprendre que les façades qui l’entourent ne sont que de paille, un monceau d’illusions.
Qui tire les rennes ? Julian, le prof un peu étrange – on ne peut s’empêcher de penser à Robin Williams dans Le cercle des poètes disparus. Henry, l’énigmatique tête du groupe, riche, généreux mais impénétrable ? Francis, la bonne épaule sur qui chacun se repose un peu ? Charles et Camilla, les jumeaux dont la beauté est sans pareil et les manières irréprochables ? Bunny, le cancre gouailleur que tout le monde aime bien malgré tout ?

Il faut reconnaître que l’exposition est un peu longue. Richard, le narrateur un candide, débarque sur le campus en cursus normal avant de rejoindre ce groupe. Une étude approfondie du climat et des habitudes autochtones nous offre une comparaison très fournie Californie / Vermont. Et les caractères se dessinent. Avec précision mais aussi avec confusion parfois. Sept protagonistes, c’est beaucoup. Et une foultitude de personnages secondaires récurrents – il faut bien tout ce monde pour remplir sept cents pages. Il ne faut pas attendre ce que l’analyse stylistique désigne schématiquement comme « l’élément modificateur » de la situation initiale avant un très gros quart du bouquin. Et s’y repérer parmi les portraits avant ce moment peu s’avérer ardu mais s’accrocher vaut le coup : l’intrigue se révèle passionnante, haletante.

Donna Tartt décrypte avec une minutie inégalée les rouages du crime – lequel, ne comptez pas sur moi pour vous le dire ! L’indicible devient le nécessaire, l’impensable se révèle incontournable, inexpugnable. Et tout cela pratiquement en temps réel, sous sept points de vue au moins et à travers les yeux d’un narrateur irréprochable : au départ neutre, parfaitement innocent, un tantinet manipulé, un chouilla couillon sur les bords.

C’est une œuvre magistrale dont l’adaptation cinématographique, prévue depuis un moment, se fait attendre. Un grand moment de lecture, une épopée moderne intelligente et longtemps mûrie – l’auteur aura mis dix ans à l’écrire. N’en mettez pas autant à le lire.

dimanche 5 août 2007

La tête dans les pages !

Je tiens à saluer comme il se doit la naissance d'un nouveau blog de lecteur passionné et passionnant. Enfin c'est une presque naissance. Il s'agit du dédoublement du blog de Gaël, Gaël dans son monde, qui sera désormais à adresse unique concernant les critiques littéraires. Suivez attentivement l'évolution de ces pages qui nous promettent de grandes découvertes, de belles plumes et des analyses toujours érudites, jamais banales et non sans une grande pointe d'humour. Bonne route à toi :
La tête dans les pages

jeudi 26 juillet 2007

Jostein Gaarder - LA FILLE DU DIRECTEUR DE CIRQUE

Et pourtant…

C’est toujours tellement étrange de se trouver déçu par un auteur sur lequel on croyait pouvoir compter. Jostein Gaarder est au ban de mes plumes préférées. Il sait tremper son verbe dans l’humour et dans la poésie, façonne des personnages affirmés au cœur d’univers sans compromis d’une inventivité folle. Les voyages auxquels il nous convie ne peuvent être vécus sans lui. Il trace ainsi des routes qu’aucuns n’avait osé imaginer avant lui.

Mais parfois la bonne idée fait plouf. J’ai déjà utilisé cette expression dans ces pages pour d’autres. Oui, comme Werber et son Papillon d’un ennui mortel ; oui, comme Dan Brown et son Deception bouquin raté… Cela leur arrive aussi. Il ne faut pas trop leur en vouloir.

L’idée qui préside à ce livre est pourtant géniale. Gaarder nous narre les aventures de l’araignée. En fait d’animal à huit pattes, un héros dont l’arme est un imaginaire débordant, sans limites. Il invente des histoires à la pelle, des synopsis en quantité industrielle. Et pourquoi pas, dès lors, en faire profession ? L’araignée est la source intarissable d’inspiration pour les écrivains accomplis, ratés ou en devenir qui, eux, en manquent. Et il vend ses histoires qu’il n’écrira pas. Et il se créé un tissu de liens fins, subtils mais aux mailles de plus en plus serrées. Car chacun de ses clients pense être le seul à bénéficier de ce précieux coup de pouce…

Alléchant. Et pourtant… L’auteur va se sentir obligé d’entraîner son héros dans une aventure amoureuse mélodramatique fleurant bon la sexualité libérée, le post-hippie sur le retour, le tout sans engagement aucun. C’est surfait, puéril et, par moments nauséabonds. Du coup ? La fin nous saute aux yeux cent pages trop tôt. Tout cela se trouve finement cousu au câble de chantier. Il n’y a plus anguille sous roche, il y a baleine sous gravillon dans ce bouquin !

A lire pour la forme et la plume, pour les idées qui fusent (autant de synopsis d’histoires qui ne seront jamais racontées alors ?). Se termine aussi vite qu’il se commence pour se refermer avec un soupir, un large soupir.

dimanche 15 juillet 2007

Gilles Leroy - GRANDIR

L’écriture contemporaine à l’assaut du roman

Je ne pensais pas pouvoir lire un roman et passer aussi loin de lui. Je l’ai choisi sur un site institutionnel célèbre dont le nom rappelle un fleuve d’Amérique du Sud (… ?) et qui propose à ses membres de dresser des listes thématiques de leurs ouvrages favoris. Convaincus par les autres titres de cette liste qui comptait beaucoup de Maupin, je me suis lancé sur ce « Grandir » de ce Gilles Leroy que je ne connaissais pas. Aïe.

J’ai refermé ce bouquin exaspéré et je n’aurais qu’une envie à cet instant : le descendre en flèche. Qui suis-je pour me permettre cela ? Personne, c’est justement l’intérêt d’Internet : tout est permis à tous. Mais ce n’est pas aussi simple. L’histoire est d’une affligeante banalité : adolescence, déniaisement, découverte d’une sexualité trouble et parallèle, les bourgeois citadins qui méprisent ouvertement leurs cousins bouseux parce qu’ils sont un miroir dont le reflet les agace… Des mariages et des usines qui ferment et une maladie grave. Bref, le roman des années 90. Rien de plus, rien de moins. Mais cette banalité se tient, admettons.

Même souci pour l’écriture. On ne peut pas dire que Gilles Leroy écrive mal. Son écriture est puissante, incroyablement rythmée, il adore les gradations et les métonymies improbables, manie délicieusement l’oxymore. Oui mais voilà : rien ne me touche. Jamais je n’ai réussi à pénétrer une page. J’ai nagé à côté de cette histoire, de cette écriture aux phrases sans fin, à la ponctuation incompréhensible. Il m’a fallu 80 pages pour comprendre qui était qui parmi… trois pauvres personnages qui sont finalement rien de plus que le mari, la femme, le fils. Tadam. Mais c’était tellement elliptique, et vas-y que je te mets une petite métaphore par-ci, et vas-y pour la périphrase par-là. Et que je te fais parler le personnages principal et en même temps je te dis ce qu’il pense, tout ça pendant qu’autre chose se passe avec quelqu’un qui a un surnom mais qu’on sait pas qui c’est. Argh.

Le pire au fond se sont les crochets. Oui, des crochets dans lesquels l’auteur s’adresse à nous en aparté. Ainsi on apprend qu’à tel endroit ses doigts on dérapé sur le clavier et qu’il a tapé un mot au lieu d’un autre et il tente de comprendre ce « lapsus de doigts ». Ou encore il nous dit ce qu’il a failli écrire mais qu’il n’écrira pas.

Voilà. Pas très intéressant. Pas très joli. Pas poétique pour deux sous. Pas instructif. Même son mépris pour la campagne est incroyablement banal et finalement même pas drôle. C’est pas faute d’en tartiner des pages et des pages…

jeudi 5 juillet 2007

Jostein Gaarder - LE MYSTERE DE LA PATIENCE

Initiation méthodique aux vapeurs métaphysiques

Resté célèbre dans le monde entier depuis « Le monde de Sophie » où l’épopée d’une enfant à travers les âges de la philosophie, des anciens à nos jours sur les traces d’un étrange bonhomme mystérieux, l’auteur norvégien explore de nouveau l’univers des amoureux de la sagesse en grimpant un niveau supplémentaire dans la dynamique du conte.

Ancien professeur d’histoire et de philosophie, Jostein Gaarder a une âme de précepteur. Il transmet et écrit pour cela. N’écrit-il que pour cela ? Si Sophie entraînait le lecteur sur les bancs d’une université peu commune, Hans-Thomas, le jeune protagoniste de ce roman nous amène à réfléchir sur les cimes d’un conte aux multiples ressorts fantastiques, scintillants. Le fil conducteur : Hans-Thomas et son père sillonnent l’Europe en Fiat rouge, de la Norvège au pays des philosophes (la Grèce, pardi) pour y retrouver cette maman perdue il y a huit ans. Besoin de se trouver elle-même dans la patrie de la sagesse, elle y coule depuis une carrière des plus superficielles ; elle est mannequin, elle a du succès. Et ce voyage, à chaque étape prend une tournure de plus en plus étrange. Le jeune héros se retrouve plongé au cœur d’une histoire vieille de plus d’un siècle, autour d’un jeu de 52 cartes. Va-t-il percer le mystère de la patience ?

« Celui qui révèlera le destin se devra d’y survivre. »

C’est une épopée douce aux couleurs acidulées mais jamais mielleuses. Les accents sont tendres mais jamais naïfs. La réflexion est abordable mais jamais vaine, et toujours de grande substance. C’est aussi l’occasion de redécouvrir le mythe d’Œdipe, l’histoire du temple d’Apollon à Delphes avec sa curieuse occupante, la Pyhtie, allumée par des gaz souterrains, planant en permanence à dix mille, elle divaguait à longueur de journée pour le plus grand bonheur des touristes antiques les plus illustres.

Vous n’aviez rien à emporter sur la plage cet été ? Ne bronzez pas idiot : « Le Monde de Sophie » et « Le Mystère de la Patience » ne s’évitent pas. Apprendre, se divertir, voyager à travers l’Europe et dans une île imaginaire fabuleuse ne se refuse pas entre la pastèque et la fêta.